vendredi 3 octobre 2008

Hergé et l'évocation du voyage

Tintin c'est le voyage, le dépaysement, l'exotisme. Lire un de ses albums est le plus sûr moyen de voyager en restant dans son fauteuil. Pour entrainer ses lecteurs avec lui Hergé (qui n'a jamais voyagé avant les années 60) a un pouvoir d'évocation prodigieux. Cette case de la taille d'une page qui ouvre la version originale des Cigares du Pharaon nous donne toute l'immensité de la mer et la fragilité d'un transatlantique face aux éléments. Dans la version couleur, il n'y aura qu'une vue frontale et une fellouck qui donnera l'idée qu'on est proche des côtes: beaucoup moins évocateur.


De même, la case suivante présentant une magnifique plongée avec vue sur les eaux noires et tumultueuses frappant la coque du navire, laissera place dans la version couleur à une banale légère contre-plongée, infiniment moins puissante et évocatrice. En retravaillant ses premiers albums, Hergé massacrera tout ce qui faisait sa force et son talent. Il est dommage que la plupart d'entre nous ait découvert Tintin avec ces ersatz insipides.

mardi 23 septembre 2008

Hergé dessinateur de la lumière

Le passage du noir et blanc à la couleur après la guerre a fait oublier que Hergé était un maître de la lumière et du contraste. Il savait doser les masses de noir et de blanc, sans avoir recours aux ombres comme les Américains de la même époque. Cet équilibre donne de très belles pages (comme dans le Lotus Bleu) que la mise en couleur postérieure gâche quelque peu.
Les strips du Trésor de Rackam Le Rouge parus dans le Soir volé sont infiniment plus efficaces dans leur dénuement que les pages auxquelles on a ajouté des décors et une envahissante couleur dans les albums.
C’est en dessinant Tintin au Tibet que Hergé va renouer avec le blanc du papier, laissant la neige envahir les pages jusqu’à la couverture, magnifique.
En voyant à quel point le trait se suffit à lui-même chez Hergé, même dans les années 60, on ne peut que regretter qu’il n’existe pas d’éditions noir et blanc de ces albums .


Les illustrations ici présentées sont soumises aux droits d'auteurs et montrées dans le cadre de la loi au titre de droit de citation.

samedi 20 septembre 2008

Hergé dessinateur du mouvement

Il y a un lieu commun qui traîne, qui voudrait que Hergé dessinait mal à ses débuts. Cette allégation est parfaitement ridicule, il suffit de jeter un oeil aux merveilleuses illustrations de mode ou celles pour les scouts belges pour s'en convaincre. Le style adopté pour créer Tintin est un choix esthétique et la simplification vient qu'il doit réaliser deux pages la veille de la parution et ne peut raisonnablement pas fignoler des gravures à la Gustave Doré. Hergé possède déjà formidablement son sujet avec un sens de la péripétie et de l'action visuelle qui n'a rien à envier aux italiens de la peinture cinétique. Cette incroyable case extraite de Tintin au pays des Soviets possède une virtuosité que peuvent lui envier bien des dessinateurs de bandes dessinées actuels. La déformation quasi photographique ajoute un réalisme qui finalement disparaîtra quand Hergé deviendra plus sage dans son dessin.


Les illustrations ici présentées sont soumises aux droits d'auteurs et montrées dans le cadre de la loi au titre de droit de citation.